Ce que les données ouvertes savent des coiffeurs
Trois bases publiques décrivent la coiffure en France. Elles ne décrivent pas la même chose, ne se recouvrent qu’en partie, et ne peuvent presque pas être jointes entre elles.
Les trois résultats
Mesuré sur six villes, 5 164 entreprises actives et 1 904 commerces cartographiés.
- 37 % des entreprises de coiffure apparaissent comme commerce dans OpenStreetMap.
- L’accessibilité est renseignée dans OSM pour 364 commerces sur 1 904.
- Le SIRET, seule clé de jointure fiable, est présent sur 58 des 31 508 fiches d’acceslibre.
Collecte du 2026-09-12. Méthode et code de collecte publiés plus bas.

La mesure, ville par ville
Une ligne par ville, trois sources, une question : combien d’entreprises de coiffure existent légalement, et combien d’entre elles sont visibles dans les données publiques ?
| Ville | Entreprises actives SIRENE, NAF 96.02A |
dont entrepreneurs individuels | Commerces cartographiés OpenStreetMap |
Part cartographiée | Fiches accessibilité acceslibre |
dont OSM renseigne le fauteuil |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Toulouse | 939 | 349 | 353 | 38 % | 211 | 50 |
| Lyon | 1 104 | 295 | 547 | 50 % | 334 | 88 |
| Nantes | 488 | 179 | 269 | 55 % | 145 | 154 |
| Lille | 473 | 144 | 205 | 43 % | 91 | 19 |
| Marseille | 1 585 | 659 | 356 | 22 % | 233 | 18 |
| Strasbourg | 575 | 159 | 174 | 30 % | 122 | 35 |
| Ensemble | 5 164 | 1 785 | 1 904 | 37 % | 1 136 | 364 |
Lyon et Marseille sont découpées en communes d’arrondissement dans SIRENE : interroger le code de la commune entière y renvoie zéro établissement. C’est une erreur classique, et elle produit des cartes de France avec deux trous au milieu.
Pourquoi autant d’entreprises sans commerce
L’écart entre 5 164 entreprises actives et 1 904 commerces cartographiés n’est pas seulement un défaut de cartographie. Une partie s’explique par la nature même des entreprises recensées.
Sur les six villes, 1 785 de ces entreprises sont des entrepreneurs individuels. Beaucoup exercent à domicile, en déplacement ou en location de fauteuil, et n’ont aucun local ouvert au public à cartographier. Les faire apparaître comme des salons serait une erreur, pas une amélioration de la couverture.
Une autre partie tient au siège social : une entreprise peut être domiciliée à une adresse administrative sans y exercer. Le code NAF décrit l’activité déclarée, pas la présence d’une vitrine.
Le reste correspond à ce que la carte n’a pas encore enregistré. C’est là que la contribution est utile, et c’est mesurable : la part cartographiée va de 22 % des entreprises à Marseille à 55 % à Nantes.
Trois bases qui ne se parlent pas
Pour croiser ces sources, il faut une clé commune. En France, c’est le SIRET. Le résultat est net et décevant.
- OpenStreetMap porte un SIRET sur 1 172 des 1 904 commerces relevés, grâce au travail d’imports et de vérifications de la communauté française.
- acceslibre en porte un sur 58 fiches sur 31 508, soit une proportion trop faible pour fonder une jointure.
Concrètement : on ne peut pas dire de façon fiable qu’un salon décrit dans acceslibre est le même que tel commerce dans OpenStreetMap, ni qu’il correspond à telle entreprise dans SIRENE. Le rapprochement par nom et adresse reste possible, mais il produit des erreurs que personne ne devrait présenter comme des faits.
Ce que cela interdit
Publier une fiche qui affirmerait « ce salon est accessible » en rapprochant automatiquement une fiche acceslibre et un commerce OSM. Le rapprochement serait une hypothèse, l’affichage la transformerait en fait vérifié, et une personne en fauteuil se déplacerait pour rien.
Les données ouvertes mesurent aussi leurs contributeurs
Nantes présente 154 commerces renseignés en accessibilité sur 269. Marseille en présente 18 sur 356. Il serait absurde d’en conclure que les salons nantais sont plus accessibles que les marseillais.
Ce que cet écart mesure, c’est l’activité d’une communauté locale de contributeurs, très probablement une campagne de relevé organisée à Nantes. Une base collaborative enregistre l’attention qu’on lui porte autant que le terrain qu’elle décrit.
C’est la limite structurelle de toute donnée ouverte contributive, et elle doit accompagner chaque chiffre publié. Un classement des villes par « accessibilité » construit sur ces données serait faux, et injuste pour les villes les moins cartographiées.
Ce qu’on peut honnêtement en faire
Ces limites n’enlèvent pas leur valeur aux données ouvertes. Elles déterminent le bon usage.
- Mesurer une couverture, comme ici, en disant ce que le chiffre décrit.
- Prioriser un travail éditorial : commencer par les zones où l’information publique manque le plus.
- Proposer une vérification à un professionnel, à partir de ce que la base publique dit déjà de lui.
- Contribuer en retour : une information vérifiée sur le terrain a davantage de valeur dans OpenStreetMap que dans notre seule base.
Ce qu’on ne peut pas en faire : fabriquer des fiches automatiquement, afficher une caractéristique non vérifiée comme acquise, ou présenter une couverture partielle comme un annuaire exhaustif.
Méthode
Trois scripts versionnés produisent ces chiffres, et le site ne fait que les afficher. Aucun nombre de cette page n’est saisi à la main.
- tools/fetch_open_data.py interroge SIRENE et Overpass, une requête par ville, espacée, avec attente exponentielle et cache par ville.
- tools/fetch_acceslibre.py télécharge l’export CSV d’acceslibre en flux et n’en conserve que les lignes de coiffure et de barbier.
- Les requêtes exactes et les dates de collecte sont enregistrées à côté des données.
Périmètre SIRENE : activité principale NAF 96.02A, coiffure, état administratif actif. Périmètre OpenStreetMap : objets portant shop=hairdresser dans la limite administrative de la commune. Périmètre acceslibre : activités Coiffure et Barbier.
Limites
- Six villes, toutes de grande taille : rien ne permet d’extrapoler au milieu rural.
- Les trois bases ne mesurent pas le même objet : une entreprise, un commerce, un ERP déclaré.
- Le code NAF est déclaratif et parfois obsolète : une entreprise peut avoir changé d’activité sans le signaler.
- OpenStreetMap évolue en continu : le même relevé un mois plus tard donnera d’autres chiffres.
- Nous mesurons la présence d’une information, jamais son exactitude sur le terrain.
Citer cette étude
Coiffeur.biz, « Ce que les données ouvertes savent des coiffeurs », observatoire, volet 2, 12 septembre 2026. Données SIRENE (INSEE, Licence Ouverte 2.0), OpenStreetMap (contributeurs, ODbL 1.0) et acceslibre (beta.gouv.fr, Licence Ouverte 2.0).
Le protocole est réutilisable. Si vous le reproduisez sur d’autres villes, nous publierons vos résultats à côté des nôtres, y compris s’ils contredisent les nôtres.